Une promesse qui fait vendre
« Cette plante purifie l’air de votre maison ! » On lit cette phrase partout, sur les étiquettes des plantes dépolluantes en jardinerie comme dans les articles déco. Mais qu’en est-il vraiment ? Faut-il remplir son salon de plantes pour mieux respirer ? Démêlons le vrai du faux, sans exagérer ni tout balayer.
D’où vient l’idée : l’étude NASA de 1989
Tout part d’une célèbre étude de la NASA en 1989. L’objectif : trouver comment purifier l’air des stations spatiales, des espaces clos et confinés. Les chercheurs ont placé des plantes dans des caissons hermétiques et mesuré qu’elles réduisaient certains polluants (formaldéhyde, benzène…).
Le résultat était réel, mais obtenu dans un volume minuscule et totalement fermé. C’est là que le mythe est né : ce résultat de laboratoire a été transposé, un peu vite, à nos maisons.
Le hic : votre salon n’est pas un caisson étanche
Voilà pourquoi il faut nuancer. Une maison n’a rien à voir avec un caisson scellé :
- Le volume est immense comparé à une plante. Pour reproduire l’effet mesuré par la NASA, il faudrait, selon des estimations ultérieures, des dizaines de plantes par mètre carré : une vraie jungle impraticable.
- L’air se renouvelle en permanence : la moindre aération, une porte qui s’ouvre, une VMC… déplacent infiniment plus de polluants qu’une plante ne peut en absorber.
Autrement dit : dans un intérieur normal, l’effet purifiant d’une ou deux plantes est négligeable. Le meilleur geste pour la qualité de l’air reste, de loin, d’ouvrir les fenêtres quelques minutes par jour.
Ce qui est vrai malgré tout
Faut-il pour autant jeter ses plantes ? Surtout pas. Le pouvoir « dépolluant » est marginal, mais garder des plantes chez soi apporte de vrais bénéfices, eux mieux établis :
- Humidité : par transpiration, les plantes rehaussent légèrement l’humidité d’une pièce trop sèche (utile en hiver avec le chauffage).
- Bien-être : plusieurs études associent la présence de végétal à une réduction du stress et à une meilleure sensation de confort.
- Esthétique et apaisement : un intérieur vert est tout simplement plus agréable à vivre, et ça, aucune étude n’est nécessaire pour le constater.
Les plantes « stars » du marketing dépolluant
Vous les verrez partout étiquetées « dépolluantes ». Elles sont surtout belles et faciles, ce qui reste la meilleure raison de les adopter :
- le sansevieria : increvable, il produit un peu d’oxygène la nuit (voir sa fiche entretien) ;
- le spathiphyllum (fleur de lune) : fleurit en lumière modérée ;
- le pothos et le chlorophytum : parmi les plus faciles pour débuter.
Choisissez-les pour leur allure et leur simplicité, pas pour un pouvoir magique.
Ce que dit la recherche plus récente
Depuis 1989, d’autres équipes ont repris la question avec des conditions réalistes. Une synthèse publiée en 2019 par des chercheurs de l’université Drexel (Philadelphie), qui a passé en revue une douzaine d’études, arrive à un ordre de grandeur parlant : pour égaler l’effet du simple renouvellement d’air d’un bâtiment ordinaire, il faudrait entre 10 et 1 000 plantes par mètre carré de surface au sol. Autre détail souvent oublié : dans l’étude de la NASA, une bonne partie de l’épuration venait des micro-organismes du terreau, pas des feuilles. Les plantes captent bien certains composés volatils, mais à une vitesse sans commune mesure avec ce qu’une fenêtre entrouverte évacue en quelques minutes.
Et la fameuse « production d’oxygène la nuit » ?
Le sansevieria, l’aloe vera ou les orchidées ont un métabolisme particulier (dit CAM) : ils ouvrent leurs pores la nuit pour absorber le CO2, ce qui leur permet de rejeter un peu d’oxygène après le coucher du soleil. C’est vrai, et c’est d’ailleurs pourquoi on les recommande « pour la chambre ». Mais les quantités sont dérisoires par rapport au volume d’une pièce : une plante dans la chambre n’améliore pas mesurablement l’air, et n’a pas non plus l’effet inverse qu’on prête parfois aux plantes ordinaires « qui volent l’oxygène la nuit ». Ni risque, ni bénéfice : choisissez la plante que vous aimez regarder (on détaille tout dans quelles plantes dans une chambre pour bien dormir).
L’humidité, le bénéfice réel mais modeste
Une plante transpire l’essentiel de l’eau que vous lui donnez : un groupe de plantes de bonne taille peut relever légèrement l’humidité d’une pièce en hiver, ce qui se sent sur les muqueuses et les feuilles des plantes elles-mêmes. C’est réel, mais un bol d’eau posé sur le radiateur ou un séchage de linge dans la pièce en fait autant. Là encore, le végétal est un agrément, pas un appareil.
Les vrais leviers pour un air intérieur sain
Si la qualité de l’air vous préoccupe, voici ce qui fonctionne, dans l’ordre d’efficacité :
- Aérer dix minutes, matin et soir, fenêtres grandes ouvertes, même en hiver. C’est de loin le geste le plus efficace.
- Réduire les sources : bougies parfumées, encens, sprays et désodorisants, produits ménagers agressifs, tabac. Laisser « dégazer » un meuble neuf ou un matelas quelques jours dans une pièce aérée.
- Entretenir la ventilation (VMC, grilles d’aération jamais bouchées) et utiliser la hotte en cuisinant.
- Surveiller l’humidité : entre 40 et 60 %, pour éviter moisissures et acariens.
Les plantes viennent après, pour le plaisir. Et c’est déjà une excellente raison.
Plantes dépolluantes : ce qu’il faut en retenir
Les plantes dépolluantes, c’est du vrai… et beaucoup d’exagéré. Vrai en laboratoire fermé (étude NASA), quasi négligeable dans un vrai salon ventilé. Pour respirer un air sain, aérez : c’est imbattable. Mais gardez vos plantes : elles embellissent, apaisent, humidifient un peu, et demandent si peu (juste le bon arrosage). De bonnes raisons d’en avoir, sans y croire comme à un purificateur.